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Portrait IV (de loin :)


La Diagonale des Fous

Notre voiture est devenue notre maison. Heureusement, notre maison n’est jamais aussi bordélique que notre voiture.
Cela devient très incommodant, surtout, quand on veut vite faire de la place pour les auto-stoppeurs sur la banquette arrière. Impossible. Mais les deux que nous avons embarqués au fond de la jungle s’en foutaient royalement. En shorts et t-shirts, trempés de sueur et épuisés, ils nous ont expliqués la raison de leur peine. Ils viennent de faire 40 km en courant et grimpant, et ils n’en peuvent plus, ce qui fait parti de leur entraînement pour le Grand Raid.
Le Grand Raid est une épreuve qui consiste à traverser l’île, c’est à dire, en gros, 150 km avec un dénivelé d’à peu près 9000 m, en, tout au plus, 66 heures. Les meilleurs le font en 22 heures. La course se nomme aussi la Diagonale des Fous.
Tant que les deux stoppeurs restaient dans la voiture, tout allait bien, dès qu’ils sont sortis, nous avons plongé dans le silence trou de fer-ique, pendant un moment le silence s’approfondissait encore et puis mon ami s’est tourné vers moi avec espièglerie et excitation dans les yeux, et j’ai vu le pire arriver: L’année prochaine, on y va? ;)

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Douche spirituelle, Hell-Bourg

Hell comme l’enfer? Je ne sais pas. Au pire les limbes.


Trou de fer

Après plusieurs heures de marche dans la jungle, ce n’est plus drôle. Il y a de plus en plus de boue, on glisse, j’ai peur de finir au fond d’un marécage. J’attends qu’un gorille surgisse, d’un moment à l’autre, pour nous divertir, qu’un cobra croise notre chemin ou, au moins, des perroquets bavards frôlent nos cheveux. Rien. Nous sommes sur une île à sécurité maximale, à part le poisson pierre et les requins derrière la barrière de corail, on ne trouve rien de venimeux ni dangereux, ni bavards, dans la faune réunionnaise.

Au fond de la jungle se trouve la fierté nationale: Trou de fer, un gouffre de 300 mètres avec de nombreuses chutes d’eau qui s’y rejoignent. Voici la vue depuis l’unique point de vue pédestre. Pas mal.

Et voici la vue depuis l’hélicoptère. Encore mieux, n’est-ce pas ?

Mais cette fois-ci nous n’avons pas aggravé le cas difficile de notre empreinte carbonique. Nous n’avons pas fait le survol. Soyons loués :)


Beau à chialer :)

Nous rentrons après la journée passée au volcan. L’exubérance a remplacé la vie minérale. Un cheval blanc comme Artax broute les herbes les plus délicieuses. Nous avons encore en tête la bande sonore que nous avons chanté sur la plaine désertique, et là, elle revient en force…

J’ai cinq ans. J’emmène devant la télé le pudding au cacao avec de la crème fouettée, haute comme le cummulonimbus. Le temps que je descends vers les biscuits au fond du bol, trempés dans la compote de fraises, j’ai un coup de foudre. Des journées entières après, je vais rêver d’un vol avec Falkor au-dessus des cummulonimbus sucrés comme de la crème fouettée.


Volcan – Piton de la Fournaise

Le brouillard, qui nous avait guidé, hier soir, en occultant d’autres choix, vers un très bon petit restaurant sénégalais, a disparu, et nous avons ouvert les volets sur des poiriers en fleurs. Normal. Dans l’hemispère sud, l’octobre est un mois printanier. N’empêche que, par ma bouche bée, est venu s’échapper un cri d’admiration qui fait des fois peur à mes proches :)

En route pour le volcan.

Le tableau d’information au bord de la route nous a fait tréssaillir de plaisir: Attention, vigilence volcanique, éruption probable dans les prochains jours.
On dirait les braises, nos pupilles illuminées dans l’attente de l’aventure.

Nous entrons dans l’enclos du volcan. Voici la vue:

On dirait l’excitation du pyromane :)

Il y a des pans de brouillards qui traînent encore entre les sentiers. Heureusement les tâches blanches peintes sur la lave durcie sont bien visibles pour nous guider vers le cratère. Après quelques mètres nous somme rejoints par un monsieur qui est parti voir le volcan tout seul. D’après son coup de fil, sa famille l’attend dans la voiture. J’imagine qu’il a dû faire un petit embargo sur les informations: la promenade va durer environ 5 heures.

Après quelques vues, on ne parle plus, on marche, on se regarde, on sourit. On laisse le coeur parler. Silence :)


Saint-Pierre, Réunion


Cirque de Cilaos, Réunion

(Fin de la paranthèse stambouliote.)

La route se termine, au bord d’un gouffre, à l’arrêt de bus Terminus – Terre fine.
A le voir ainsi écrit, mes soupçons les plus angoissants se confirment. Non seulement les montagnes entières sont fines mais la terre aussi.
Les pentes raides qui nous encerclent, comme si on s’était pelotonnés au fond d’un immense barrage vidé de ses eaux, sont faites d’une pâte feuilletée.
Nous sommes passés en voiture au travers la montagne par un tunnel qui était long d’à peu près cinq mètres. J’imagine les vibrations créées par les voitures qui serpentent vers le tunnel des deux côtés de cette montagne haute et fine comme le voile d’un bateau. Je suis tentée de me laisser vautrer dans la peur que tout va s’écrouler d’un moment à l’autre. Mais je la laisse aller à la vue des premières fleurs folles de vie, en sentant leurs parfums, en apercevant un arc-en-ciel kitsch au-dessus de plusieurs vallées abruptes.

Le soir, je fais face au barrage montagneux, de la fenêtre de notre chambre d’hôtes. Pour la première fois, la terre qui s’est enflée, érigée en hauteur, et figée en une posture improbable, ne me fait pas peur. Elle me rassure même, elle m’invite dans ses bras, elle me berce. On a dû m’administré en cachette une puissante drogue locale qui me fait encourager les autres d’aller voir jusqu’au “fin” fond de la Terre.


Bébé baleine

Je regardais par la fenêtre de l’avion les deux petits aillons noirs qui vibraient au bout de l’aile et qui me rappelaient vaguement quelque chose. Ou plutôt à l’envers, ils présageaient quelque chose de très intéressant. Pendant quelques jours l’image est resté inerte; ce n’est qu’au bord d’un bateau qu’elle a pris son sens: lorsque la première baleine à bosse nous a fait signe et puis elle a disparu après avoir fait un splash imposant de par sa nageoire postérieure.

A quelques mois de cela une baleine s’était jetée sur un bateau de plaisance aux larges des côtes sud-africaines. Il ne doit pas être difficile de deviner ce qui me passait par la tête. Chaque fois que la baleine est sortie à la surface, j’ai poussé un oh d’émerveillement avec les autres et puis encore un oh de soulagement que cette fois-ci encore, elle n’a pas décidé de nous faire un gros câlin de baleine.

Elle était émouvante. On dirait qu’elle prenait plaisir à éjecter ses 40 tonnes en l’air et de retomber dans l’eau avec la grâce d’une athlète de saut en hauteur. Notre petit bateau faisait autant de bruit pour l’encourager qu’un grand stade enthousiaste.

En plus, il était touchant de savoir que les baleines sont venus jusqu’ici pour donner naissance à leur petits bébés de baleines dans les eaux chaudes de l’Océan indien. Nous avons eu de la chance de les avoir vu avant leur retour vers les eaux de l’Antarctique. Il paraît que le meilleur système des crèches, des maternelles et de l’éducation primaire de baleines est justement là bas.


Péché de gourmandise

Le ciel est gris et le temps est lourd. Le tour de cette petite ville finit toujours au bord de l’océan. Ses inspirations et ses expirations me bercent et m’intimident. Il y a le bruit de petits cailloux qui se cognent en retournant à l’eau happés par les vagues. J’ai l’impression que même leur écume aurait la force de m’enlacer et me faire disparaître en un clin d’oeil dans des royaumes sous-marins. Je m’agrippe. Je planifie. Par exemple: on ne va plus goûter au lait de coco qu’on avait acheté devant la mosquée. Les paysans qui le vendaient nous ont même gentiment offert deux verres au prix d’un, mais nous sommes vraiment trop bizarres; nous avons tourné le coin d’une rue et nous avons arrosés les palmiers avec, en retournant la sève aux racines. Ensuite on a goûté des pakhoras et des samosas fourrés de légumes chez un marchand de rue, et de la mangue fraîche saupoudrée de piments (beurk le piment sur la mangue). Après il ne nous restait rien d’autre qu’aller se repentir de notre péché de gourmandise dans les deux temples de la ville: la mosquée et le temple hindouiste.
Apparemment j’ai oublié de prier pour être assez forte de respecter mais de ne pas avoir peur de l’océan.



Saint-Denis


Massalé à Saint-Denis, l’île de la Réunion

Nous avons dormis sur un banc, dans un petit parc, au-dessus de l’océan en rage, comme si l’aube nous y avait surpris à se reposer après une nuit folle passée à danser sur la musique créole.
Or, cette image idyllique est trompeuse.
Ce matin-là je me suis promis de ne plus jamais prendre un vol de nuit. Surtout quand on est tellement excité par le voyage qu’on n’arrive pas à dormir, qu’on arrive à la destination à 6.30 du matin et que l’hôtel n’a la chambre libre qu’à midi pile.

Le point fort de cette première journée en terre réunionnaise a été, après un somme à l’ombre de la chambre, le cari au Massalé, ce qui est un restaurant à Saint-Denis où le repas se clôt par une série de rhums aux parfums divers, qu’il faut sentir, deviner et boire. Et si on se trompe, d’autres petits verres de rhum s’alignent, selon une courbe exponentielle, pour compenser le goût amer de l’échec.
Pas difficile, en cette ville, de créer un état de gaîté à dormir sur les bancs au bord de l’océan en rage …


Voyage voyage vole dans les hauteurs

Voyage voyage

Lorsque j’ai entendu cette chanson pour la première fois, le voyage le plus lointain que j’ai jamais fait, était une escapade en Allemagne de l’Est. J’ai des photos de moi dans le bus en pantalon à imprimé floral à bretelles et un t-shirt micky mouse emmené de Budapest. Le bus nous a conduit dans une petite ville allemande juste derrière la frontière et ma mère m’y a acheté de superbes chaussures rouges et un t-shirt qui avaient sur la poitrine des mots rebelles: “Na und?” (Et alors?) J’adorais le porter. Je me prenais pour un enfant sauvage de la rue…

J’ai adoré cette chanson. La voix décidée, un peu mélancolique – un peu mystérieuse me faisait rêver de ce que je voudrais faire un jour. Sans connaître un mot de français, je me la chantais avec une ardeur gloutonne.

En ce moment, je suis en train de voler dans les hauteurs, au-dessus de Sahara. Je pleurs. Non pas que je suis en train de me souvenir de mes rêves d’enfance qui se réalisent. Quoi qu’il soit vrai que je pourrais verser une petite larme de gratitude, pourquoi pas?
Ce qui m’émeut c’est l’immense solitude, son étrange beauté inquiétante et rassurante à la fois. Le désert est noir, froid, sans pitié, il y a nous dans un petit mécanisme ridicule et puis il y a l’espace, l’Espace, qui nous frôle les cheveux. Quand je regarde bien longtemps, en bas une petite lumière apparaît. Un oasis? J’imagine les figures du petit Betlehem qui sont allongées autour du feu et protégées du côté du désert par la chaleur des dromadaires.


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