Category Archives: Japon

La rando la plus tragicomique …

Le ryokan le plus parfait qu’on allait avoir au Japon se trouvait tout près pas loin de l’océan. Or, à l’heure de la réservation, je ne savais encore rien de l’ampleur de ma phobie…
Après avoir plusieurs fois consultés en japonais à l’aide des gestes notre chemin auprès des locaux, nous avons enfin trouvé la bonne ruelle. Courbée sous le poids de mon sac, j’ai failli passer outre l’affiche collée sur le pilon électrique. Avertissement – la vague tsunami peut atteindre jusqu’à 3,5 mètres.
Je me suis évanouie sur place. Mes nerfs se sont tendus et je n’avais qu’une envie, et c’était de retourner à la gare et partir loin vers l’intérieur des terres.
Tard dans la nuit, la fatigue a vaincu la peur, et je me suis endormie en se racontant des histoires se disant qu’au premier étage de ce frêle bâtiment nous sommes protégés, et en pensant à tous les bons gens qui mènent ici une vie normale.
Dans cette ville aux plages parfaites je n’avais qu’un désir, monter sur les collines. Cadeau du ciel, nous avons trouvé une superbe randonnée dans les alentours. J’étais heureuse. Je voulais sauter au plafond de notre mignon petit ryokan.
Tôt le matin nous avons pris le train jusqu’au village voisin pour chercher le bus qui allait nous emmener au pied de la montagne. Une journée magnifique s’annoncait … sauf que, sur les pilons électriques il y avait une affiche: la vague tsunami peut atteindre 4,5 mètres.
Je me suis dite: allez on avale celle là et on n’y pense plus.
Le bus est enfin arrivé, avec le chauffeur âgé d’au moins quatre vingt quinze ans. La vallée qui s’ouvrait sur l’océan a commencé à se fermer, et les affiches sur les pilons éléctriques commençaient à prendre une tournure folle. Avertissement 9 mètres, avertissement 12,5 mètres, avertissement 19 mètres, avertissement 21,5 mètres.
‘Stoooop, arrête de me lire ça,’ j’ai demandé à mon fiancé qui, assis près de la fenêtre, n’avait aucune idée de ma terreur. Il m’a expliqué, que c’est logique: la vallée se ferme et comme l’eau eventuelle ne pourrait pas s’étaler sur la largeur, elle monterait en hauteur.
La demi heure du trajet de la gare routière jusq’au pied de la montagne a été l’une des plus longue de ma vie. Ce n’est qu’en regardant notre point de départ sur la carte de la rando, que j’ai pu souffler un peu: 1000 mètres.

Je suis désolée d’être si lâche, et j’admire l’attitude des Japonais qui nous disaient chaque fois: ah, mais le tsunami n’arrive qu’une fois en 100 ans. Je prie pour qu’il n’arrive plus jamais.


Homesick traveler :)

les iris sur l’île de Mukaishima
— dans le jardin de mes parents
sûrement en fleurs aussi


Couleurs du noir et blanc

orage passé
les corneilles recommencent
à croasser

pareil au bruit du fouet
le vol de la corneille
de Shimoda


Allez, à la plage!

Nous sommes à dix minutes de quelques plus belles plages de Japon. Les nuances les plus foncées de nuages sont le bleu marine et le gris métallique.
En ville, sur les pilons électriques, il y a des affiches mises par l’administration: Be alert, tsunami 2.5m ou encore Be careful, tsunami 3m.
J’ai peur. Oui, j’ai peur. Je demande dans un office de tourisme ce que je suis supposée de faire à partir de ces infos, parce qu’elles me semblent assez “vagues”.
Il y a un ange de monsieur à l’accueil qui me dit: A vrai dire, nous aussi, on se pose la question. (Ca nous fait rire. Un rire nerveux? Peut-être. Mais il nous détend quand même.) En général, il faut courir vers les collines, et comme nous sommes assez bien entourés, nous nous croyons protégés.
Les japonais ont l’air zen même à propos de tsunami. Il me semble que c’est un don que je n’ai tout simplement pas. Peut-être faut-il naître avec…


Hiroshima

en face du Mémorial de la Paix
je lis le carnet de voyage
de Basho

***

Hiroshima
la brise salée
des vacances à la mer


De passage à Osaka

Nous venons d’arriver à Osaka et je veux déjà retourner à Kyoto. Nous y avons passé six nuits, l’hôtel était excellent, les ruelles de Gion – l’ancien quartier de Geichas – photogéniques, la météo très bonne, les bars à pâtes aussi. Osaka, le petit Tokyo, ne me charme pas du tout. Le sac à dos que je trimbale d’un bout de la gare à l’autre y est sûrement pour quelque chose. La seule manière de faire la paix avec cette ville est de jeter nos affaires dans la chambre de l’hôtel et aller chercher une glace qu’on va manger assis sur le pot aux fleurs au bord de la route. Il est dix heures du soir. Les habitants du quartier ont l’air de rentrer du boulot. Entre le bitume et le béton on se sent comme les enfants de ville qui passent leurs après-midi de juin à flâner dans les rues et pour qui l’odeur de l’été, c’est aussi l’odeur du bitume brûlant. C’est une esthétique comme une autre, même si elle est nouvelle pour moi. Je l’adopte pour ce soir.


Pour toi et pour lui

Selon la légende, Kobo Daishi, le fondateur du bouddhisme ésotérique japonais, n’a pas, à sa mort, quitté ce monde, mais il est resté méditer sur le Mont Koya. A ce jour cela fait à peu près 1200 ans.
Le lieu sacré où il est supposé d’être se trouve au fond du cimetière bouddhiste. D’après l’inscription à l’entrée du cimetière, il vient dire bonjour à chaque visiteur – touriste – pèlerin, qui traverse le petit pont.
Nous essayons d’imaginer sa présence bienveillante à nos côtés:”Bonjour, Kobo Daishi. Ravis de faire votre connaissance.”
On imagine qu’il nous quitte de suite pour accueillir d’autres pèlerins. Nous marchons seuls dans la pluie parmi les stèles couvertes de mousse. Il paraît que chaque bouddhiste japonais rêve d’avoir sa pierre tombale ici. C’est la pole position pour la nouvelle vie qui viendra avec l’arrivée du dernier Bouddha.
Nous sommes maintenant à quelques mètres de l’enclos qui nous séparera de la pièce sacrée.
Sur le petit autel devant la clôture les moines mettent chaque jour un peu de nourriture pour leur maître. Si l’envie le prend il peut se rafraîchir avec des légumes ou un compote de fruits en canette. Les voyageurs y posent aussi une partie de leurs snacks. J’y mets une poignée de cacahuètes que j’ai acheté à l’aéroport d’Amsterdam (j’insiste sur ce détail, ça pourrait le faire rêver :). Tu y mets ton médiator de guitare que tu avais dans le porte-monnaie.
Le soir on repense à ce lieu mystique et on imagine ce qu’il en est fait de nos cadeaux, Kobo Daishi.
Tu dis: “S’il a pu se matérialiser une guitare, peut-être est-il en train de jouer Stairway to Heaven ?”
Cette image m’émeut et me fait rire. Une combinaison parfaite. :)


Japanese clichés happy overdose :)


Through the keyhole


Une randonnée entre les rizières

chaleur de midi
craquement
dans la forêt de bambou


Evidemment (ou pas)

J’entre dans l’utérus de la Boddhisatva en descendant l’escalier, pieds nus, évidemment, les sandales cachées dans le sac que m’a donné le gardien du temple. Il y fait noir, évidemment, et je dois suivre la rambarde faite de gros grains en bois immitant le rosaire bouddhiste.
En quelques instants je vais renaître et tous mes voeux, si je les souhaite de tout mon coeur, vont être exhaussés. Les yeux ouverts dans le noir, je pense à la personne que je voudrais devenir. Paradoxe ou pas, j’y vois clair dans le noir et je fais mentalement ma petite liste.
Quand je sors à la lumière j’imagine mes voeux étant exhaussés. Que vais-je faire mieux qu’avant? Je m’encourage: après tout, ce serait naturel de ressembler à sa mère…
:)


Silences

au pied du Bouddha géant – le Daibutsu
sont-ce les lotus en plastique
qui sentent si bon?


Silence

cour du temple
feuilles sèches
sur une mousse gorgée d’eau


Les carpes et les tortues

Dans Métaphysique des tubes, l’auteur belge, Amélie Nothomb, qui a vécu ses premières années au Japon, décrit son suicide raté qu’elle a commis à trois ans. Les carpes, qu’elle devait nourir chaque jour, en étaient d’une grande partie responsables.
J’y pense quand je regarde une carpe dans l’étang du temple. Ses parties blanches m’évoquent le chocolat blanc qui enrobe certaines pralines belges. Elle a l’air d’une immense praline flottante orange et blanche, à la fois belle et répugnante. Je détourne mon regard pour observer les tortues.

la tortue me regarde
les pétales sur la surface de l’étang,
poussées par le vent, la doublent


Les couleurs II


On the road again

Je suis dans le bus en train de quitter Tokyo. A vrai dire, mon excitation est encore plus grande qu’au début du voyage. Le trajet va durer huit heures et j’ai l’impression qu’au bout je trouverai une contrée paisible et douce, propice à la contemplation et une joie de vivre profonde.
C’est comme si seulement les voyages en bus étaient pour moi de vrais voyages.
Je n’ai commencé à prendre l’avion qu’à 26 ans ce qui s’est avéré trop tard pour laisser dans mon cerveau une empreinte comparable à celle qui s’était créée lors d’un voyage en bus de 1200 km, aller-retour, à Karlovy Vary, quand j’avais 7 ans.
Je regarde le paysage nocturne. Je ne vois pas grande chose. Je suis au chaud. Mon Amour s’est endormi. Je me sens en sécurité dans cette boîte roulante. J’ai un but: Kyoto.


Un peu de couleur dans nos assiettes


J’sais pas si c’est la Terre qui tourne à l’envers ou bien si c’est moi qui m’fait du cinéma

Dans un élan de masochisme (puisque je n’aime pas les marques de luxe), nous sommes entrés dans le magasin de plusieurs étages de la marque Louis Vuitton, situé sur une sorte de “Champs Elysées” tokyote. Le magasin était presque vide. Il paraît que les Japonais préfèrent acheter leurs sacs LV à Paris. Par contre, dans le magasin Channel, il y avait une dame française qui semblait heureuse de faire une emplette à Tokyo. A part cela, j’ai perdu un peu de ma sympathie inconditionnel pour Garance Doré en regardant les trench-coats Burberry à 2600 EUR.
Je suis surprise de me fredonner depuis la chanson Le monde est stone de Starmania.
Je me demande quel est le message? :)


Enigme tokyote

Je scanne la rue pour trouver une poubelle. Rien. Je dois porter l’emballage des cookies dans ma poche jusqu’à la prochaine bouche de métro. La même chose pour les restes de la banane. A la longue, cela devient un peu embêtant. Comment est-il possible que les rues soient aussi propres s’il n’y a pas de poubelles! Voilà la première énigme tokyote. La réponse peut-être: les Japonais mangent rarement dans la rue. Ce détachement apparent des besoins et des caprices du corps les rend très élégants! Pour le moment je ne vois en gros que le bon côté des choses: la propreté, l’efficacité, l’aimabilité, le sourire.
Tokyo, avec ses 12°C le soir est loin et pourtant très proche du paradis.


Mon(t) Fuji :)


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