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Rêves d’Istanbul

Le marc d’un café turc au bord de ma tasse n’aurait pas mieux dessiné ce qui a été dessiné par cette mousse d’espresso.
Vous l’y voyez aussi? Dîtes-moi. La vue à partir du Bosphore sur les mosquées d’Istanbul? :)

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Mensonge ultime

Le Grand Bazar n’est plus ce qu’il était, ou ce que l’on nous dit qu’il était, ou ce que les guides touristiques nous disent qu’il est.
Je ne peux pas appyuer cet énoncé avec une expérience personnelle antérieure mais d’après ce que ma mère aime raconter, quand elle était là il y a 20 ans, il fallait marchander, on POUVAIT marchander et la satisfaction de partir avec un article à un tiers du prix initial était inoubliable.

Il est le 31 octobre 2011. Nous entrons dans le Grand Bazar et nous nous arrêtons chez un vendeur des peignoirs. Il nous dit que le bleu qui nous plaît coute 55 lires et qu’il ne va pas marchander avec nous parce qu’il n’est pas comme les autres qui mettent un prix initial à 90 lires et puis descendent à 55. Nous allons alors chercher les autres. Mais ils ne sont pas comme ils nous les a décrit non plus. A un moment nos nerfs lâchent et on leur jette dans le visage: Mais vous êtes supposés de marchander quand même !
Ils font un mouvement je-m’en-foutiste de l’épaule. On se croirait dans le Life of Brian à l’envers. Il ne nous reste qu’à regarder le bon côté des choses.


Midnight in Instanbul

Nous sirotons un thé turc dans le salon de thé de l’hôtel Péra, le premier hôtel de luxe à Istanbul construit en 1892 pour les voyageurs de l’Orient-Express.
Nous venons de passer par hasard par un quartier pauvre où un garçon amusait un groupe de copains en donnant des coups de pieds aux touristes que nous sommes. Il commençait à faire noir et on s’est rendu compte que, malgré nos bonnes intentions, il y a des lieus où il n’est pas bon de flâner après le crépuscule.
Les fauteuils super confortables du salon, tapissées et couverts d’un tissu crème-doré exhibent un mode de vie à l’opposé de ce qu’on vient de voir dans le Fatih.
On ne se sent pas non plus à nos places mais il est beaucoup plus facile de faire avec. Evidemment.

Mon ami soulève un peu le rideau et, derrière la fenêtre, on voit apparaître un fiacre à deux chevaux blancs. Le cocher nous fait un signe de chapeau. Il y a déjà des passagers bien gais qui nous invitent à les joindre. De loin je dirais Hemingway et Agatha Christie. Non, j’ai dû mal voir. Ca doit être plutôt Mata Hari. (Entre deux guerres, l’hôtel était, paraît-il, un haut lieu d’espionnage.) Tout d’un coup le fiacre a disparû, mince, on était juste en train de copier coller le Midnight in Paris de Woody Allen sur Istanbul.

Nous enfilons un thé après l’autre en attendant que le rêve se réalise. Un tour de magie, au moins, a déjà eu lieu: le monde, les turbans turcs en premiers, a commencé à se changer en gâteaux…


Vu de Bosphore


Les chats et les femmes

Le chat nous contourne de loin en gardant sur nous un œil averti. Elle tient entre ses petites dents un petit poisson frais. Il y en a toute une foule de chats assis en demi-cercle devant le poissonnier ambulant. Il leur fait probablement un bon prix. Ces chats ont l’air tellement fier que je n’arrive pas à imaginer comment pourraient-elles accepter quelque chose gratuitement.

***

Les filles turques, par contre, n’ont pas l’air inaccessible ou altier du tout, même si elles pourraient en avoir au moins à propos de leur vernis à ongles rouge qui est toujours impeccable comme si elles naissaient avec.

***

La Mosquée Sokollu Mehmet Pasha a été commandée par une femme et cela se voit. Sa décoration intérieure est la plus belle de toutes les mosquées d’Istanbul. Mon ami se moque de cette observation et je le comprends. Elle a l’air d’un à priori solidaire et féministe envers les femmes. En même temps, les faits sont là :)

Le gardien de la mosquée m’ordonne de se couvrir la tête. Quelque part je me cabre contre cette manifestation de la supériorité masculine qui ordonne. Puis je me rends compte qu’il en est tout autrement. Il trouve ma chevelure tellement sensuelle qu’il a peur de ne pas pouvoir se concentrer sur la spiritualité. C’est donc un signe de sa faiblesse. Je prends alors cet ordre pour un compliment. Teşekkür ederim.


Hagia Sophia, Istanbul

(Paranthèse stambouliote)

Le pigeon en chute libre tombe le long des colonnes de la galerie supérieure. Ca va très vite et pourtant il n’est en ce moment qu’à la hauteur de la deuxième galerie. La chute est rapide et longue, l’espace est immense. Tout d’un coup il se pose calmement sur le chapiteau d’une colonne de la première galerie. Je reprends ma respiration.

Au pied des colonnes il y a des musulmans, des chrétiens, des agnostiques, des Indiens, des curieux (les Indiens alors :), tous fraternellement proches dans leur étonnement devant cet amalgame spirituel et esthétique fascinant qu’est Hagia Sopia.
L’église byzantine a été d’abord bâtie à la gloire de Dieu chrétien. Quelques siècles après les musulmans ont badigeonnés les visages des anges pour que cet espace devienne une mosquée. Ces jours-ci, la vierge Marie côtoie les noms des prophètes calligraphiés, tout à la mémoire d’Atatürk.

Les guides locaux puisent allégrement dans toutes ces traditions pour, par exemple, parler d’une fin du monde proche. Même s’ils avaient raison, je suis convaincue qu’aucune fin du monde ne toucherait à la Hagia Sophia. L’impression qu’elle laisse n’a rien à voir avec les affaires terrestres, elle s’était créée un univers à elle toute seule.


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