Category Archives: Inde/Népal

Portrait(s) III

Népal
(J’aime beaucoup le bleu pâle avec le bleu indigo plus le bleu violet, et puis des notes de cyclamen et de rouge!)


Portrait(s) II

Pashupatinath, Kathmandu, Népal


Portrait(s) I

Bhaktapur, Népal


La neige au Taj Mahal

Elle était une enfant de l’hiver. Lorsqu’elle a regardé le monde pour la première fois, une fine couche de neige reposait aussi doucement sur les branches des arbres qu’elle reposait dans les bras de sa mère. Elle était une enfant sage. Les pleurs et les cris dans un silence parfait d’un paysage d’hiver auraient été démesurément intenses et de ce fait, auraient sonné faux. Ce qui sonnait juste au milieu du silence c’était le bruit de la de neige qui tombe d’une branche, le bruit des ailes des oiseaux sous le ciel bleu, le craquement du bois qui s’embrase, des baiser sur son front.
Peut-être que c’était à ce moment là qu’elle a décidé de taire toutes ses peines pour toujours? Parce qu’elle a perdu sa voix devant la beauté parfaite qu’elle a eu la chance de ressentir, comme un froid noble, jusqu’au plus profond d’elle ?

En regardant ce monument funéraire féerique je me dis que la femme de l’empereur moghol, en honneur de laquelle le Taj Mahal a été bâti, aurait bien pu être un tel enfant.
Peut-être son mari l’a-t-il vraiment aimé, peut-être savait-il qu’il fallait lui ériger une tombe blanche comme la neige pour qu’elle retrouve la paix? Peut-être ont-ils retrouvé cette paix ensemble?
Et s’il y a un au-delà, peut-être sont-ils en train de se retrouver et de se tomber dans les bras, dans une allée qui les séparait jusque là, dans les jardins du paradis?

Est-ce l’abondance des couleurs des saris, la chaleur humide et le marbre blanc de Taj Mahal qui commence à se colorer sous effet de la lumière en cette fin de l’après-midi, qui me font délirer sur cette femme de légende et dont on ne sait rien?

Je doute encore…peut-être voulais-je juste parler de moi aujourd’hui… d’une enfant de l’hiver qui est en train de retrouver sa voix…


J’ai faim

– Je mange le Dhal Bat au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner.
– Vraiment?
– Pendant toute l’année. J’aime ça.

Peut-être y avait-t-il aussi, dans cet affirmation passionnelle, une once de fierté qui fait que l’on n’avoue pas n’avoir rien d’autre à mettre dans l’assiette que du riz et des lentilles? En tous cas les Népalais ont trouvé une façon esthétique et goûteuse de manger tous les jours la même chose. Au riz et aux lentilles, les deux monceaux d’une harmonie sépia, ils ajoutent un peu de pommes de terre, un mélange piquant en couleur éloquente, un peu de verdure et une feuille de papadum qui couvre partiellement le plat et rend la richesse des couleurs, au premier abord, plus discrète.
Finalement un détail important, le plat se mange avec les mains ce que nous avons échoué et re-échoué à imiter…

Voici une liste exhaustive des restaurants indo-népalo-tibétains en Europe que j’ai visités personnellement et que je peux à coup sûr recommander: (cliquer sur le nom de la ville pour voir la liste des restaurants et leurs adresses)
Berlin, Luxembourg, Paris, Londres, Chalons sur Saône, Maspalomas, Bordeaux, Bratislava, Řež, Trier, Nancy, Venise, Lyon, Bruxelles.
Naaan, je rigole !:)
Quoique…


Différences culturelles…mineures II

Nous voulons un taxi pour la journée puisque cela semble être l’option la moins stressante si on veut faire du hop-on hop-off à Delhi. De la file de taxi devant la Gare surgit un jeune indien dynamique avec lequel on réussit à négocier un prix pas trop mal. On croit que l’on y va. Mais non, on n’y va pas. Le chauffeur nous demande d’attendre. Ces collègues sont partis déjeuner et il n’arrive à pas à décoincer sa voiture. L’attente prendra tout au plus une demie heure. Nous lui expliquons que ça ne marche pas comme ça chez nous. S’il y a des dizaines de taxis tout autour on ne va pas attendre 30 minutes son chauffeur anonyme préféré. Il ne comprend pas. On s’en va. Il nous traite d’affameurs. On presse le pas. Il nous fait du chantage émotionnel. Il nous suit, on s’enfuit.

La voiture qu’on obtient par intermédiaire de l’hôtel appartient à un népalais. Il vit à Delhi depuis quelques années et il rend visite à sa jeune femme et ses enfants au Népal deux fois par an. Il nous assure qu’il lui est fidèle. Bon. C’est bien. On exprime notre sympathie et on espère que ça en est fini avec des confidences. On a déjà remarqué qu’ils nous prennent tous, nous les touristes pâlottes, pour des libertins…

La visite du Qutb minar musulman, du temple Bahai, de la maison de Gandhi et du temple Sikh Gurudwara Bangla Sahib en une journée seront la cause de notre ivresse ce soir. Nos pieds décolleront de la terre et nous danserons dans la lumière de la richesse spirituelle et de la tolérance. On n’arrivera plus à s’arrêter. Les piles seront rechargées en optimisme et je pousserai un cri mal soupesé: Présentez-moi un Indien, je suis de nouveau prête au marchandage.


Divérgences culturelles…mineures

Ben non, je ne me suis pas lavé les cheveux pendant neuf jours. Le matin il faisait encore trop froid pour qu’elles sèchent au soleil et le soir il faisait déjà trop froid. Heureusement, l’air des montagnes doit agir d’une façon bienfaisante sur le corps pour qu’il ne fasse pas trop de honte dans les situations extrêmes, en mon cas sûrement… bien sûr :)
Par contre je prenais mes douches. Et comment! Même des douches à effets spéciaux. Une fois, dans un lodge à 3800 mètres d’altitude il y avait dans la salle de bain un récipient de gaz que l’on devait manipuler, l’ouvrir plus précisément :)) pour que l’eau devienne chaude. Malheureusement le processus était accompagné de petites explosions intermittentes qui étaient assez déconcertentes, et qui ont été à l’origine de la douche la plus rapide de ma vie.
Pourtant ce n’était pas la top douche aventureuse de ce voyage. Celle là je l’ai pris à Delhi. Ce soir là je me suis enfermée à clé dans la salle de bain. Va savoir pourqoi ?! J’étais contente de pouvoir enfin prendre une douche “brûlante” même si ce n’était plus nécessaire avec les nuits chaudes de Delhi. A un moment j’ai senti dans l’air une petite odeur du crâmé. J’ai regardé en haut et, surprise surprise, j’ai vu une toute petite flamme.. J’ai paniqué. Je ne savais plus si c’était la vapeur ou la fumée qui m’êmpechait de se refléter dans le mirroir. Allez vous sortir d’une salle de bain cadenassée par un méchanisme indien dans une situation pareille !
L’hôtel nous a promis de réparer tout ça le soir même. Nous avons changé d’hôtel le lendemain matin. Lorsqu’il fallait mettre une signature de départ dans le livre des hôtes, j’ai rayé avec un grand plaisir et un grand geste l’année de plus qu’ils m’ont compté à partir de ma date d’anniversaire qu’il fallait rendre public le jour de notre arrivée. Rien ne fonctionnait ici mais tout était bien inscrit dans les livres chez ces plus grands bureaucrates du monde.


Le maître ici c’est moi


Pashupatinath

“Vous allez rater des choses incroyables si vous ne me prenez pas comme guide. Je vais vous montrer ce que la plupart des gens n’a aucune chance de voir. Je peux vous faire un prix correct pour un service exceptionnel. Je peux encore baisser le prix mais ça c’est le minimum que je peux faire.” On se croirait au Grand Bazar. Nos capacités de négociations ne sont plus aussi misérables qu’au début de notre séjour au Népal et pourtant nous acceptons le service de cet homme aux cheveux teintés en roux-acajou en lui acquiesçant à une affaire de siècle.
Nous sommes venus à Pashupatinath en sachant bien qu’il s’agit entre autre d’un lieu de crémation. Je ressens une certaine appréhension face à l’idée d’assister à la cérémonie et je ne suis pas sûre si je le veux. D’un côté je me dis qu’il doit y avoir quelque chose de sain dans le fait d’assister à la disparition du corps d’un proche aussi littéralement. Plus évident est l’anéantissement du corps, plus évident me paraît le besoin de croire profondément en une continuation de l’âme.
De l’autre côté, je suis une Européenne et je ne peux pas m’en dégager d’un coup de baguette. J’ai le haut de cœur constant qui s’intensifie quand la fumée traverse la rivière et passe jusqu’à nous. Je ressens un arrêt sur émotions, les yeux grand ouverts j’ai froid dans le dos.

Que peut-on encore voir et recevoir si au début on a déjà trop vu?
Une cave où les ermites célèbres aimaient séjourner et à l’entrée de laquelle on peut encore trouver quelques plantes de haschich? Une promenade dans une forêt où 40 petits singes ont mordu notre guide il y a quelques semaines? (Les singes sont bien là cet après-midi. Ils singent l’innocence. Notre guide se réjouit de pouvoir nous expliquer tous les détails: “C’est ici précisément que ça s’est passé. Ils se sont sentis menacés et ils m’ont attaqué. Il y en avait au moins 40. Leurs dents sont tellement aiguisées qu’ils rentrent quelques centimètres sous la peau. On a dû m’emmener aux urgences. Ca ne m’est encore jamais arrivé”.) Je suis morte de peur. Je regarde constamment autour de moi aussi loin que mes orbites me le permettent. Encore quelques pas et nous serons sortis de cette enceinte d’enfer. Il est fou ce guide, les hindouistes sont fous, partout il y a le sang à fleur de peau, les offrandes de couleur rouge, l’auto-remise fataliste à la mort, les symboles sexuelles dans les sanctuaires, les sourires incommodants de notre guide, le sacré et le plaisir des corps tout mélangés, l’intensité des couleurs, des odeurs… ils semblent tous vivre dans un délire ici…ou bien c’est moi qui délire à cause de la chaleur, de soif, de toutes les questions que j’ai dans la tête?
Après avoir passé quelques heures à marcher, le guide roux-acajou nous emmène enfin dans un lieu qui m’apporte le repos. Il nous invite dans l’ancienne maison du yogi Baba qui a fait apparemment beaucoup de miracles, qui a vécu au-delà de cent ans, qui avait une profonde admiration pour Mahatma Gandhi et qui n’était pas brûlé après sa mort mais enterré dans le jardin assis dans la posture de lotus.

J’expire un gros coup de soulagement. Un tikka rouge sur le front, un collier des œillets d’Inde autour du cou et nos émotions dessus dessous, on prends la direction de Boddnath pour faire tranquillement le tri.


Bodnath II

Chaque matin (je dors à cette heure-là) et chaque soir (je commence à avoir faim à cette heure-ci), les tibétains tournent autour de leur stūpa en égrenant des chapelets et murmurant des om mani padme hum. J’admire leur force paisible. Nous singeons leur rituel en égrenant nos rudrakshas (des chapelets hindouistes) et murmurant leurs prières mélodieuses. On avance ainsi dans le sens des aiguilles d’une montre vers le crépuscule. Cela n’étant pas une métaphore, j’espère.
Après une marche hypnotique lors de laquelle nous emmitouflons le stūpa dans la chaleur de nos prières, des prières de la part de nous deux, oui, certes, mais surtout des centaines de réfugiers tibétains, la place commence à se vider. Les yeux de Bouddha reste grand-ouverts. Ils veilleront toute la nuit sur les combats et les jeux des chiens errants.


Bodnath

La bougie est presque aussi grande que la petite statue de Bouddha au milieu de l’autel. Son ombre se reflète sur le mur, elle a l’air d’osciller autour de sa vibrante kundalini. Ca doit être notre respiration qui fait vaciller la flamme et l’ombre de Bouddha entre ainsi dans une profonde méditation rythmée. Cet image me fascine, j’y aspire, je mime…

Le réceptionniste est assis sur le tapis au milieu des perles qu’il aligne en bijoux et porte-clé tibétains. Il nous dit qu’il faut attendre un moment pour qu’on nettoie la chambre. Après trois semaines sur la route le foot dans la télé du vestibule nous paraît plus dépaysant que les cors tibétains dont le bruit nous vient des monastères bordants le rues. On va se promener un peu et plonger dans l’extase silencieuse de Bodnath, un oasis tibétain au coeur de Kathmandou.


Jour 2 dans la jungle

Nous aimons notre guide.
Le lendemain nous faisons encore un tour dans la jungle, cette fois-ci en voiture. Un safari en fait, dans un jeep ouvert qui se casse dans les creux des routes et qu’il faut pousser pour redémarrer; les pieds dans les flaques et les rhinocéros à un pré de distance.

Nous rentrons juste avant la tombée de la nuit, un moment à la lumière douce. Ca doit être l’heure à laquelle les tigres se réveillent.


Jour 1 dans la jungle

Notre guide nous montre une trace de la femelle tigre dans la boue mais on n’y croit pas. On ne sait pas mettre en contact les deux informations: que les tigres existent et que les tigres sont dans la forêt où nous sommes en train de marcher. On croit qu’il a fabriqué cette empreinte pour raviver ses groupes de touristes qui se lassent des martin-pêcheurs au bout d’une heure de marche à travers la jungle. Il nous croit avides d’aventures mais moi personnellement je ne suis avide de rien. Je veux me promener tranquillement et rentrer en toute sécurité dans notre petit hôtel endormi.
Oh! Il faut quand même expliquer que nous ne sommes pas complètement laissés à la merci des bêtes sauvages. Même si notre guide chausse les tongues!, il a sur lui un bâton. On le demande ce qu’il ferait (avec), si une bête nous attaquerait.
1. Il jetterait le bâton et il courrait de toutes ses forces
2. Il jetterait le bâton et il prierait

Amen :)



L’arrivée

Je suis en train de marcher sur les hauteurs de Muktinat, un lieu de pèlerinage pour les bouddhistes et les hindous dans l’Himalaya népalais.
(Je m’imagine être dans un documentaire à la Michael Palin où je raconterais mes aventures d’une façon drôle, à la fois passionnée et distante, en fait distante juste assez pour pouvoir être drôle.)
Je suis en train de rêver et de vivre un rêve – de voyage.

Il n’y a personne à part nous. Juste deux chevaux blancs aux rubans multicolores et petits carillons autour du cou, et quelques mini-fleurs. Nous sommes à 4115 d’altitudes. Les Dieux sont tout près. Nous descendons dans un village au travers d’un air frais automnal. C’est comme si nous entrions dans l’année 1312.
Il y a de la musique dans le temple tibétain. Une dizaine d’hommes habillés en énormes manteaux avec habits de couleur en-dessus sont en train de taper sur les instruments de musique.
On gesticule pour demander leur permis de s’asseoir. Ils acquiescent et de suite nous invitent à boire un verre. On croit qu’ils nous offrent du chai, du thé, comme il se doit lors d’une cérémonie dans l’authentique tradition tibétaine. Ils nous rient au nez. Ils rigolent comme des garçons. Ils se moquent gentiment de nous et ils nous offrent le vin de riz.
Je bois le verre un peu timidement, amusée, curieuse et impatiente de parler de tout ça avec mon compagnon.

Je crois qu’ils nous prédisent l’avenir. Leur anglais est minime et peut-être est-ce mieux ainsi. Notre avenir comme notre présent sont pleins de lumière et de bonheur… :)


Muktinat

Miam, le dîner méxicain dans notre lodge au fin fond du Népal a été gras et su-ccu-lent! Bon, la montée finale de Kagbeni à Muktinat demain matin va quand-même brûler toutes ces calories.

Encore quelques photos de Dhaulagiri vu de notre salle de bain et on va attaquer la montée.

Les champs de l’oasis sont maintenant au premier plan d’une image corollée par des montagnes pâles, grises, presque sâblonneuses. A chaque souffle coupé – par le manque d’oxygène, nous avons le souffle coupé – par la beauté.

Après 1000 mètres de montée en verticale, on passe enfin la porte du village. Je ressens une immense fatigue, la plus grande de ma vie. Les rues sont pleines de randonneurs qui viennent d’arriver de l’autre côté de la montagne, par le col Thorung La (5400 mètrs). Ils se sont levés à trois heures du matin pour passer le col à l’aube, à cet heure-ci ils ont déjà pris leurs douches et ils ont même déjà eu leur dose de spiritualité dans le sanctuaire de Muktinat. J’ai tellement rêvé d’arriver ici et maintenant je n’ai même pas l’envie de marcher quelques 200 mètres de notre hôtel vers le sanctuaire. Je n’ai plus aucune énergie. Je mange ma soupe et je respire. Ca me suffit.

Heureusement, on récupère assez vite. Et si on allait quand même le voir? Le soleil puissant, le ciel au bout des doigts, les lignes claires des collines chocolatées, les drapeaux tibétains, le silence – immense, les odeurs du feu, de la terre et de l’eau, les pélerins pieds-nus et dreadlocks-jusqu’aux-pieds, les moulins à prières, la brise…la paix me ramène à l’euphorie :)


Vers le Royaume interdit

Nous allons quand même monter dans un jeep vu que les ravines les plus vertigineuses sont déjà derrière nous et nos chaussures de marche aussi. Le chauffeur n’a pas plus que 16 ans et il semble être très pressé. Plus il est pressé, plus rares sont les moments où on est vraiment assis sur nos sièges et plus petite est la distance entre nos crânes et le toit du jeep.

Encore les chevaux blancs dans un prè alpin avec une lumière douce et l’air cristalin et nous arrivons à Jomsom, une ville comme copiée-collée de Far West.

On gobe les nouilles thaï dans un restaurant vide où le vent ébranle la construction au-dessus de nos têtes. Nous sommes dans le corridor où l’air froid des montagnes s’affole au contact de la chaleur et à partir de midi il peut atteindre jusqu’à 100 kilomètres à l’heure.

Il serait bon de quitter cette ville pour arriver ce soir à Kagbeni, un hameau au pied de la montée finale, à la frontière avec le Mustang interdit. Le vent nous pousse de dos, la nuit nous colle aux pieds, la vue nous éblouit…


Kâlî

Les chaussures de marche volées sonne comme une fausse note dans notre ode au Népal.
Pourtant la vue sur l’orangerie et les pics enneigés au loin nous ont fait croire ce matin en une excellente journée.
Heureusement qu’il y an un magasin de chaussures, le seul dans la vallée, qu’à 30 heures de marche, ha ha….

Difficile et époustouflante en même temps est la route fraîchement vrillée dans la roche le long du Kali Gandaki – la rivière qui bouillit à quelque 100 mètres plus bas dans un canyon abrupt. La partie bizarre de notre plaisir de marcher consiste à seulement s’imaginer d’être au bord d’un des jeeps qui nous doublent par moment. Les voitures sautillent de gauche à droite à quelque centimètres du bord de la falaise, les passagers venant de l’ouest ont des sourires figés, enfin, c’est une façon de parler. Ils ne sourient plutôt pas. Par contre les locaux qui siègent sur le toit au milieu des sacs nous sourient sans faire semblant.

Quand on s’arrête, les femmes timides et moqueuses à la fois nous offrent encore du haschich. On achète un paquet de noix et d’un pas décidé, on attaque le chemin rocailleux vers le apple crumble qu’on nous aura servi ce soir.


Descente

Nous repartons encore une fois trop tard. Il fallait quand même absorber l’euphorie du Poon Hill, et puis on ne peut pas commencer la marche tout de suite après avoir mangé deux croissants népalais faits d’une bonne pâte épaisse plutôt à l’allemande qu’à la française, et puis on a un peu discuté avec le maire du village qui était jadis plongeur olympique et puis le ciel est bleu et ce qui nous attends aujourd’hui c’est juste de la descente…

Sauf que – la descente est longue. A trois heures de l’après-midi nous entrons enfin dans le village de Sikha. Les gens sont penchés aux fenêtres, ils nous offrent du haschich et nous scrutent bizarrement. Il n’y a aucun lodge aux alentours, aucun randonneur qui y finirait son étape et nous croyons comprendre pourquoi. Changement d’horizon. Le prochain village est à trois heures de marche. Si on y mets vraiment trois heures on arrivera après le crépuscule. Et bien oui j’angoisse mais aussi plus efficacement, je presse le pas.

Le paysage est extraordinaire évidemment. Qui oserait douter de ça?! Mais le nouveau chemin est mal fléché et nous devons bien soigneusement formuler les questions pour demander la route. Les Népalais sont tellement gentils qu’ils détestent de dire non. Alors si je demande si Tatopani (notre village rêvé) est à gauche, ils me diront: oui, si je demande s’il est à droite: ils me diront: oui, aussi.

Encore une descente et quelques traversées adrenalinées des ponts suspendus, un mi-cassé, l’autre au-dessus d’un torrent himalayen en ébullition glaciale, et nous sommes arrivés. Nous sommes arrivés dans le noir. Il n’y pas de lampadaires dans les rues. A la lumière d’une voiture qui passe envoyée par le Saint-Esprit, je remarque une enseigne qui pourrait indiquer un lodge. Je me sens entrer dans le jardin d’Eden. Une douche, un dîner, un lit, c’est tout ce qu’il me faut et je réciterai mes prières chaque soir avant de me coucher, je promets :)


Poon Hill

Je mets quelques toutes les couches de mes vêtements et j’éblouis mon homme – par la lumière de ma lampe frontale. C’est le moment de se dire bonne nuit et de s’endormir de froid.

A cinq heures du matin on ne se donne même pas cinq minutes pour roupiller. Nous sommes plus disciplinés qu’un jour de travail et nous nous pressons de rejoindre la foule et le fil qui montent vers le Poon Hill: LA colline d’où on verra le lever de soleil théâtral sur le Dhaulagiri et les Annapurnas.

La magie opère. Les pics dont la neige sortaient peu à peu du gris nuit et devenait bleuâtre commencent à s’illuminer d’un orange profond presque rouge. Les oh et les ah nous parviennent de tous les côtés. Les gens se sourient, on ressent déjà et voit autour de nous de différents degrés de joie et de l’euphorie :)

Dans le silence parfait s’est immiscé le bruit des premiers avions en provenance de Jomsom avec des randonneurs qui rentrent à Pokhara. Après 10 heures du matin le vent se lèvera et il ne sera plus possible de voler dans le corridor entre les montages.
On regarde aussi les coups de vent au-dessus de l’Annapurna qui ramènent la neige très haut et on parle de leur force qui doit être meurtrière.
On mâche et remâche tous ces extrêmes, on y prends plaisir, avec un snickers et un gobelet du thé brûlant à la main, on se réjouit d’être tellement faibles devant les forces de la nature…


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