Du haut de ma tour

De ma fenêtre je vois la Tour Montparnasse. C’est le soir, les carrés oranges se multiplient dans cet unique gratte-ciel du quartier. Au loin je vois le Sacré-Coeur. J’ai de la chance aujourd’hui; les derniers jours il était tout le temps dans le brouillard.
Je vis à Paris, je fais des cookies, je travaille, j’attends que mon homme revienne de son cours de théâtre. Je regarde de ma fenêtre, j’écris des haïkus, je réfléchie à ma vie. Je suis ici pour réaliser le rêve de l’étudiant modèle de la langue et de la littérature française. Oh-là-là. Quelle noblesse dans l’expression. On se met tout de suite à rêver quand on l’entend, et puis, quand l’occasion se présente, on saute dans le premier train et hop, on vient à Paris, pour regarder soi-même, de ses propres yeux, le rêve en face.
L’autre jour, nous en avons longuement discuté avec mon homme, dans un bistro parisien, un verre de vin blanc à la porté de la main, (savourant le cliché parisien parfait!).
Je me suis rendu compte que ce que je voulais trouver ici, c’est le monde qui n’existe pas. Le Paris que je suis venue chercher, c’est le Paris de Modiano, le Paris de Jean d’Ormesson, le Paris de Madeleine Chapsal que j’ai lu au lycée pour épaissir mon vocabulaire, le Paris de Daniel Pennac, le Paris de tous les auteurs que j’ai lu surtout au début de mes études et que je dévorais sans modération; le Paris de Bernard Pivot dans le Bouillon de Culture que je suivais sur TV5.
Les monuments, l’histoire, la culture, le décollage professionnel, tout cela est très bien, mais moi ce qui me poussait pour venir ici, la force de l’attraction, c’était le Paris littéraire.
Quand je marche sur les pavés de Paris, je suis toujours à la recherche d’une brèche par laquelle je pourrais m’échapper et rejoindre les histoires qui me nourrissaient jadis. Mais il faut faire face à la réalité: je ne les retrouverai jamais. Le Paris que je cherche m’est aussi inaccessible d’ici que d’ailleurs. Ou si je regarde le verre mi-plein, il m’est aussi accessible d’ailleurs que d’ici. Je peux le joindre de partout. Même de cette vielle ferme qu’on va probablement acheter un jour pour y élever des chèvres, faire de la méditation et peindre des tonnes d’aquarelles!
La vraie vie commence.

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About atreewalker

It was a warm spring morning in the olive grove. The breeze was gentle, the air was fragrant, the time stood still. High grass, sprinkled with colourful small-headed flowers, was gently tickling my knees. Poppies were about to splash their intense red on the antic ruins. 'Look how beautiful it is all over', I whispered to the olive trees, 'a perfect time for a stroll.' I slipped my fingers into the open palms at the end of their branches and I took them for a walk. View all posts by atreewalker

One response to “Du haut de ma tour

  • danielpy

    dans la douceur de fin novembre / tous ces joggers / en bord de Seine / Apollinaire toujours en moi / “les jours s’en vont, je demeure”… / “André Breton, a-t-il dit, passe !”

    Daniel (26/11/14)

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