Amour fou

Mon frère faisait des études des arts plastiques. Les trois quarts de ma chambre d’enfant étaient alors occupés par les tubes de couleurs, des spatules, des bustes de mes grand-pères, des torchons, des tâches d’encre et des livres.
N’ayant pas d’autre choix, je lisais les livres d’art l’un après l’autre jusqu’à ce que je ne tombe amoureuse à peu près à l’âge de 12 ans de Michel-Ange. Je veux dire de la personne de Michel-Ange – parmi anges depuis 450 ans.
J’ai lu son autobiographie et je me suis totalement laissée embobiner. J’ai pris son parti dans toutes les décisions difficiles, je me suis mis à détester Léonard et Raphaël, parce qu’ils étaient riches, gais, bon-vivants, et heureux, par contre j’aimais mon héros parce qu’il était tourmenté, triste, imprévisible, sensible, profond, croyant, et déchiré.
(Heureusement, depuis, j’ai fait du chemin pour savoir choisir à mes côtés un homme plus équilibré :))

Attendre plus de deux heures dans la file d’attente pour la chapelle Sixtine n’avait donc pour moi, un week-end de février humide, rien d’épuisant. Comment pourrais-je me plaindre d’approcher l’éden?! Je connaissais intimement l’histoire des fresques demandées par le pape Jules II. J’y ai passé des nuits avec l’élu de mon coeur, à la lumière des bougies, courbée dans une position épuisante. J’ai eu le souffle coupé par peur que les peintures sèchent trop vite ou qu’elles soient dévorées par les moisissures. J’étais contente pour lui quand il a fini son oeuvre et il a pu aller toucher de nouveau un marbre de carrare dans lesquel pulsait le sang de ses statues qu’il fallait délivrer de la masse.
Oh-là-là, j’en ai de nouveau des frissons:)

Quand nous sommes entrés dans la chapelle, entraînés par la foule, j’étais terrassée par la force de ces fresques. Je ne trouve pas un meilleur mot. Une force émanait de ses fresques qui me galvanisait. Quand j’ai aperçu l’image de la création, tellement connue et beaucoup trop empruntée pour accompagner toutes sortes de messages, plus ou moins pertinants ou complètement bizarres, les fameux doigts de Dieu et de l’homme qui vient de se toucher – quand je l’ai aperçu dans le contexte, réelle, immense, magnifique, -j’ai commencé à pleurnicher.
C’est quoi ce sentiment qui me submerge dans les moments pareils? Ca doit être quelques choses qu’on décrit avec des mots très pathétiques, alors je préfère m’en arrêter là.
Une chose est sûre, c’est comme si j’avais touché du doigt mon héros à travers les âges et j’en suis encore maintenant bouleversée :)

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About atreewalker

It was a warm spring morning in the olive grove. The breeze was gentle, the air was fragrant, the time stood still. High grass, sprinkled with colourful small-headed flowers, was gently tickling my knees. Poppies were about to splash their intense red on the antic ruins. 'Look how beautiful it is all over', I whispered to the olive trees, 'a perfect time for a stroll.' I slipped my fingers into the open palms at the end of their branches and I took them for a walk. View all posts by atreewalker

One response to “Amour fou

  • QT

    You’re a very insightful person! Again, an interesting post!
    Thank you so so much for your lovely comments & story. I would like to see the picture of your mom’s boots. :)
    Have a great day!

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