Un conte d’hiver

Surtout en hiver, quand la nuit vient très tôt, la petite regarde l’heure avec impatience. Si son père a pris le bus à 17 heures il sera là en 45 minutes. Si le bus a du retard, il sera là vers 18 heures. S’il n’est pas là après 18 heures c’est qu’il est seulement en train de prendre le bus à 18 heures. Il sera là en 45 minutes.
Elle a les fesses un peu rondes, la petite, c’est qu’elle aime des biscuits, des chocolats, des bonbons, des gâteaux. Elle aime tout ce que son père lui emmène chaque soir.
C’est le moment magique de la journée. Le tour se joue dans sa grande serviette noir qu’il ouvre dans la salle de séjour devant ses yeux affamés d’un surplus – de calories. Il fait tout en silence. Il ne demande jamais à la fille qu’elle était sa journée à l’école, comment elle va, qui sont ses copines, si elle se fait des soucis pour quelque chose, si elle a bien dormi.
Il ouvre le cartable et il en retire toutes sortes de biscuits fourrés – des fois à la menthe, des fois à d’autres arômes artificielles. La petite fille en rafolle. Elle en mange un, deux, trois des fois. Elle sait que c’est trop et elle cache des papiers d’emballage dans les objets de décorations.
Le biscuit a quelque chose de chaleureux en lui, de doux. Pendant ces quelques minutes il se donne à elle pour lui faire plaisir, en ce moment-là rien n’est plus important qu’elle, et le goût sucré qui l’emporte dans un tourbillon d’énergie la tire du malaise qu’elle ressent dans le ménage.

***

Des années après, avec des fesses toujours un peu rondes, elle y pense et elle rêve d’un jour où son père aurait ouvert le cartable et il n’y aurait rien. Elle serait confrontée à un grand trou noir qu’il aurait rempli par ses paroles…

Advertisements

About atreewalker

It was a warm spring morning in the olive grove. The breeze was gentle, the air was fragrant, the time stood still. High grass, sprinkled with colourful small-headed flowers, was gently tickling my knees. Poppies were about to splash their intense red on the antic ruins. 'Look how beautiful it is all over', I whispered to the olive trees, 'a perfect time for a stroll.' I slipped my fingers into the open palms at the end of their branches and I took them for a walk. View all posts by atreewalker

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: